Iceland of the free ?

La démocratie bouillonne comme un geyser en Islande, dans la plus parfaite indifférence de la part des média européens. C’est tout juste si l’on peut trouver un article du Irish Times pour confirmer une information relayée par plusieurs blogs, essentiellement d’extrême gauche et altermondialistes.

Souvenons nous qu’en 2008, lors de la crise des subprimes, les trois grandes banques du pays se sont retrouvées en faillite, avec à la clé le scandale Icesave. Cette filiale de la banque Landsbanki avait collecté l’épargne de nombreux ressortissants britanniques et néerlandais, attirés par des conditions très favorables. Avec la crise et la faillite, ceux ci se sont retrouvés à poil et leurs gouvernements respectifs sont intervenus pour garantir leurs dépôts avant de se retourner contre l’Etat islandais.

Celui ci accepta dans un premier temps de couvrir l’ardoise mais dû faire marche arrière face à la pression populaire. Suite au veto opposé par le président, un référendum fut organisé et il en résulta un refus de la « Loi Icesave » à 93% des voix. Pas question pour les islandais de nationaliser les pertes de banquiers inconséquents.

Le gouvernement islandais ayant sauté au cours de la crise, la majorité de centre gauche nouvellement élue s’est engagée dans un processus de refonte constitutionnelle complète. A cette fin, une assemblée constituante de 25 personnes a été élue et doit rendre son projet avant l’été. C’est à ce sujet que certains n’hésitent pas à parler de révolution et fustigent (à juste titre) le silence absolu des journalistes.

Alors, comme dirait Hervé Vilard, pourquoi ce silence ?

A mon sens, si l’on postule une volonté de dissimulation, il y a deux principales raisons à celà.

La première concerne la stabilité politique des pays européens. Les attentats en Grèce, les manifestations un peu partout ailleurs font craindre un emballement des protestations dans le cas d’une aggravation de la crise qui menace fortement. La perspective révolutionnaire ne manquerait pas de donner de l’eau au moulin des agitateurs de tout poil.

Avant de se réjouir pour certains de la survenance du grand soir ou d’un admirable sursaut démocratique, il ne faut pas perdre de vue qu’une telle refondation n’est pas nécessairement une bonne chose. Agir en représailles envers le système bancaire, aller vers une socialisation plus importante, même avec l’appui d’une forte majorité resterait une erreur. Tant qu’on ne sait pas ce qu’il en sortira, l’homme avisé se gardera de parler de « nouvelle nuit du 4 août ».

L’autre raison, qui est à mon sens la plus importante, est d’éviter de jeter une lumière crue sur la bêtise de la classe politique européenne qui n’a jamais hésité à appliquer le principe du « too big to fail » et à intervenir à grands frais pour nationaliser les pertes des banquiers, avec pour effet, un transfert des dettes privés vers les dettes publiques et la nouvelle crise que nous connaissons actuellement.

L’Islande, de son côté montre un tout autre exemple. Elle a choisi de laisser ses banques faire faillite. Que constate-t-on aujourd’hui ? Loin d’avoir provoqué une apocalypse économique, cette décision a favorisé la reprise de la croissance tout en limitant l’impact de la crise sur les comptes publics. Difficile, dès lors, de maintenir la posture du sauveur lorsqu’on a pris une décision moralement injuste et économiquement désastreuse.

Comme le dit fort justement le président islandais :

« La différence [avec l’Irlande] c’est qu’en Islande nous avons permis aux banques de faire faillite. C’étaient des banques privées et on n’y a pas injecté d’argent pour les maintenir ; l’Etat n’a pas porté la responsabilité de la faillite des banques privées. » « L’Islande se porte bien mieux qu’attendu », a déclaré Grimsson. « Peut-on demander aux gens ordinaires – les agriculteurs et les pêcheurs, les enseignants, les docteurs et les infirmières – d’assumer la responsabilité de la faillite des banques privées ? Cette question, qui fut au cœur du débat dans le cas de la banque islandaise Icesave, va être la question brûlante dans de nombreux pays européens. »

Merci à Zhell69 pour l’info.

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2 commentaires pour Iceland of the free ?

  1. Chris dit :

    Ppppunaise !!!….ça fait peur !!!!

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