Wikileaks, spamming et cartes grises

J’ai bien ri en découvrant cet article du Figaro qui révèle que nos petits cachotiers de parlementaires ont fait passer en catimini une disposition législative autorisant l’Etat à se transformer en vulgaire fournisseur de données de prospection, en puisant directement dans le fichier des cartes grises.

Tous les moyens sont bons pour se faire un peu d’oseille par les temps qui courent, quitte à s’assoir avec nonchalance sur les droits légitimes des fichés. Comme d’habitude, on saura emballer le suppositoire dans un beau paquet avec un nœud rose dessus, en l’espèce la gestion des rappels de véhicules défectueux, mais il faudrait être bien naïf pour y voir autre chose que la vente d’informations à caractère strictement commercial.

Le comique de l’affaire tient à l’indignation collective de la classe politique, MAM en tête, suite à la révélation des petits secrets d’alcôve diplomatiques par Wikileaks. Attitude irresponsable, accusation de vol, caniveau démocratique ou encore tyrannie de la transparence, tout y est passé.

Mais ne nous y trompons pas, la transparence n’est tyrannique que lorsqu’elle touche les tyrans d’opérette. Transformer la bonne ville de Nice, sous la houlette de Mystery Man Estrosi, en gigantesque loft à ciel ouvert n’a rien d’une transparence tyrannique. Pondre une loi Hadopi qui crée une milice privée, s’assoit sur les droits de la défense et franchit un premier pas vers la surveillance permanente du net, ce n’est en rien tyrannique.

Il faudrait condamner sans réserve Wikileaks, qualifié de site criminel et sommé de quitter le territoire par le ministre en charge des expulsions numériques parce qu’il diffuse des informations que les gouvernements aimeraient bien garder secrètes au moment même où ressort l’odieuse loi LOPPSI 2 qui, rappelons le, prévoit de tripler le nombre de caméras de vidéoflicage, de pénaliser le « fait de poster les coordonnées d’un député sur un site en invitant les citoyens à le contacter pour exprimer leur opposition à un texte de loi (s’il s’en suit un nombre important d’appels pouvant nuire à la tranquillité du député) ! », ou encore d’autoriser tout moyen (physiquement ou à distance, via des mouchards) pour s’introduire dans des ordinateurs et en extraire des données.

Autant dire qu’il va devenir compliqué de garder ses informations personnelles à l’abri de Big Brother.

Mais allons, rassurez vous, il n’y a rien de tyrannique là-dedans puisqu’il s’agit de vous protéger.

Pour en revenir aux cartes grises, la France, phare de la civilisation, s’affirme plus que jamais comme un moteur de l’industrie mondiale du spamming. Après avoir créé avec Hadopi la machine à spam la plus chère du monde, voilà que l’on invente l’extorsion de données à fin de spamming. Difficile en effet de se présenter comme John Smith à la préfecture, de donner une adresse fictive en Guyane ou de pipeauter son année de naissance. Quant au droit d’opposition prévu par la Loi informatique & libertés…et bien il vous reste toujours la liberté de pleurer sa perte.

 

Publicités
Cet article a été publié dans Politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Wikileaks, spamming et cartes grises

  1. ShadowS dit :

    C’est vraiment n’importe quoi ! On se demande de quel droit ces données à caractère personnel pourraient être vendues à notre insu à des sociétés privées alors qu’elles ne pouvaient être consultées que par des agents habilités d’administrations spécifiques. Et pourquoi pas filer les revenus fiscaux des ménages tant qu’on y est ?!? C’est carrément délirant tout ça….

    • Kris dit :

      Oh ce n’est plus une question de droit. Ils le font parce qu’ils ont besoin de blé, qu’ils le peuvent et que personne ne les en empêchera.
      Difficile de croire à l’état de droit quand certains peuvent se bricoler à volonté des règles sur mesure.

  2. Chris dit :

    C’est exactement le vieux système de la Mafia ….qui te protège ( contre du racket ) d’elle – meme ….
    Rien à dire …tout cela est bien dans la tradition de la  » religion sociétiste du contraire et du paradoxe « ….
    Comment s’en sortir de diabolisme pareil ???

    • Kris dit :

      C’est bien ce que les libéraux soutiennent : fondamentalement, il n’y a pas de différence entre l’Etat et une mafia. Les principes de fonctionnement sont identiques.

      Les libertariens assimilent souvent l’État à une mafia. En effet, l’État, comme la mafia, est une organisation fortement hiérarchisée, qui impose sa loi sur un territoire et vit du racket des habitants (l’impôt) au bénéfice du pouvoir en place et de ses serviteurs (les fonctionnaires et tous les stipendiés du pouvoir). La démocratie ne change rien à cet état de choses, si ce n’est que les chefs de la mafia changent lors des élections. Que l’État rende des services (les « biens publics ») en échange des impôts ne le rend pas plus légitime et n’abolit pas la violence qui est faite aux citoyens (comme la Mafia, l’État assure le citoyen de sa « protection » en échange du tribut qu’il prélève).

      http://www.wikiberal.org/wiki/Mafia

  3. Robert Marchenoir dit :

    « l’odieuse loi LOPPSI 2 qui, rappelons le, prévoit de tripler le nombre de caméras de vidéoflicage, de pénaliser le « fait de poster les coordonnées d’un député sur un site en invitant les citoyens à le contacter pour exprimer leur opposition à un texte de loi (s’il s’en suit un nombre important d’appels pouvant nuire à la tranquillité du député) ! »

    ***

    Non. C’est une interprétation d’opposants au projet. L’article incriminé (d’ailleurs incompréhensible) ne dit pas du tout cela.

    • Kris dit :

      Bonjour,

      L’article dont il est question a pas mal évolué au cours du processus législatif et il n’est pas certain que la dernière mouture connue soit la version définitive.
      Dans sa version initiale, il prévoyait de sanctionner « le fait d’utiliser, de manière réitérée, sur un réseau de communication électronique l’identité d’un tiers ou des données qui lui sont personnelles, en vue de troubler la tranquillité de cette personne ou d’autrui. »

      Dans sa dernière forme connue, on cherche à sanctionner « le fait d’usurper l’identité d’un tiers ou de faire usage d’une ou plusieurs données de toute nature permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d’autrui, ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération ».

      Une adresse mail correspondant au concept de « donnée de toute nature », le fait d’en faire usage en vue de troubler la tranquillité de son titulaire tombe selon moi sous le coup de la loi. Je serais donc moins catégorique que vous sur ce texte qui me semble fichtrement large.

  4. Robert Marchenoir dit :

    Le problème est que ce texte ne veut rien dire. Ce n’est pas écrit en français. Le niveau scolaire a tellement baissé que des types qui ont fait 8 ans d’université ne sont même plus capables de rédiger des lois.

    On pourrait supposer qu’il s’agit de réprimer l’usurpation d’identité (mais le libellé ne colle pas complètement). En fait, il faudrait interroger les députés pour connaître leurs intentions. La langue française ne sert plus à rien.

    « Faire usage d’une ou plusieurs données de toute nature permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d’autrui », normalement, ça me permettrait d’envoyer en cabane les connards de France Télécom ou d’ailleurs qui essayent de me vendre de la camelote à domicile par téléphone.

    Or je doute que ça soit fait pour ça.

    « Ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération », ça n’a rien à voir. C’est un autre sujet. Ca ne devrait pas être dans le même article, et d’ailleurs ont ne voit pas le rapport entre les « données d’identification » et « l’honneur ».

    Si je dis « Sarkozy », c’est une donnée permettant de l’identifier, et si je dis « Sarkozy est un connard », ça porte atteinte à son honneur, mais il n’y a pas besoin de nouvelle loi pour ça, on a déjà tout ce qu’il faut en magasin.

    Bref, c’est du travail de cochon. Gouvernement inquisitorial + loi incompréhensible = dictature perfectionnée. Si la loi ne veut rien dire, tout le monde est délinquant dès que l’Etat le décide. En Turquie, la loi dit que si vous dénigrez la nation turque, vous êtes passible de prison. C’est net et clair. Finalement, on gagnerait peut-être au change, avec l’islam ?

    • Kris dit :

      J’approuve totalement. Quand on compare la qualité de rédaction de 1804 avec ce qui ce fait de nos jour, il y a de quoi pleurer à chaudes larmes.

      C’est valable pour tous les textes qui sortent. On sait d’avance qu’on n’en comprendra la portée qu’une fois la jurisprudence établie. Question sécurité juridique c’est zéro. Il n’y a donc pas d’état de droit possible malgré toutes les pseudos garanties apportées par les chartes et déclarations de droits.

      Merci encore, Robert, pour vos si pertinentes remarques.

  5. DanàLyon dit :

    C’est érythème fessier ou alors le gravier est bien de plus en plus gros…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s