Le sens des priorités

Alors que l’Irlande est au fond du seau broc, que ça tangue sévère au Portugal et en Espagne, le gouvernement français prend des mesures d’une rare intensité pour assainir les dépenses publiques.

Et les résultats ne se font pas attendre ! Ainsi, le collectif budgétaire voté hier soir ramène le montant du déficit pour l’année de 152 à 149 milliards d’euros. Avouez quand même que ça en jette. D’ailleurs le ministre en charge du budget ne s’y trompe pas lorsqu’il déclare :

« Ce texte procède à un certain nombre d’ajustements concernant l’équilibre du budget de l’Etat. Ils prennent acte du respect de nos objectifs en matière de dépense et de nos prévisions de recettes »

L’objectif était donc de s’endetter à hauteur de 150 milliards pour la seule année 2010. Ces 150 milliards sont à rapprocher des 170 milliards de « ressources nettes » annuelles de l’Etat français. On s’était fixé pour mission de s’endetter à hauteur de 90% de ses recettes et de s’y tenir. Baroin a bien raison de se féliciter d’être parvenu, à la force du poignet, à respecter un objectif aussi ambitieux.

J’apprécie vraiment que nos élites fassent preuve, en ces temps troublés, d’un indéfectible sens des priorités. Ce n’est pas parce que le pays oscille dangereusement au dessus d’un gouffre financier, que le système éducatif pédale vainement dans une choucroute 3 étoiles depuis des décennies et qu’on se prépare en banlieue au traditionnel plus grand barbecue de l’année, la nuit de la St Sylvestre, sur fond de grogne des forces de l’ordre que l’on doit se laisser distraire des vrais problèmes. Parmi ceux-là on peut notamment en citer 3 :

– L’hiver il neige et à la météo c’est vraiment trop des branques. Fillon à la manoeuvre, le gouvernement au grand complet sort ses Moon-Boots et son double décimètre pour aller mesurer l’épaisseur du manteau neigeux.

– La marque des trains qui roulent dans les tunnels. A quoi ça sert d’investir des fortunes à crédit dans des entreprises si on ne peut même plus favoriser les copains. Le message des députés est clair : Dehors les Boches.

– Après toute une semaine à se saouler la gueule au champagne au bord des piscines du Moon Palace de Cancun, les happy few se réveillent le dernier jour avec un mal de crâne carabiné en se disant que ça serait pas mal de signer un accord sur un coin de nappe, de manière à tenter piteusement de justifier un winter break aussi somptuaire que décadent. On annonce la tenue d’un atelier prestidigitation et magie dans la soirée.

Bien sûr, vous pourriez penser que ce monde tourne à l’envers, marche sur la tête ou part à vau-l’eau. Pour ma part, je dirais plutôt que dans un monde qui considère que comptent parmi les plus grands penseurs mondiaux, des clients tels que DSK, Lagarde, Attali, voire même Cécile Duflot, tout devient possible…

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2 commentaires pour Le sens des priorités

  1. Chris dit :

    Quels gros vilains noms en dernière ligne !!!!…je m’en vais pendre une tresse d’ail à mon entrée …

    On a l’ impression d’une colonie de vacances qui aurait rompu les rangs …

    • Kris dit :

      Oui, j’ai moi aussi ressenti un frisson d’effroi en parcourant cet article.
      Fort heureusement, il reste encore de nos jours des penseurs dignes de ce nom, mais on a bien peu de chances de les trouver au gouvernement, au FMI ou dans les rangs d’Europe machin chouette.

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