Mission de sévice public audiovisuel

Hier soir, sur les coups de 19h, je me suis retrouvé de manière aussi inopinée qu’impromptue devant l’équivalent du Jt de la chaine Public Sénat. Vous me direz qu’il y a quantité de manières plus saines d’occuper son temps libre et vous aurez sans doute raison. Mais il faut croire que mon appétence quasi pathologique à explorer le fond du bourbier me conduit parfois en ces lieux sombres et sinistres dont la visite reste formellement  déconseillée à quiconque entend garder intactes sa candeur et sa santé mentale.

Dès l’annonce des titres, j’ai ressenti ce même puissant malaise que l’on découvre, adolescent, à la lecture d’un bon Lovecraft. Aucun doute ne m’étais plus permis et j’avais l’intime conviction que pour moi, ce jour là, la grand messe du Jt serait noire. Une ambiance pesante, un présentateur hésitant, visiblement possédé par quelque force obscure et soudain, la première gifle : il faut augmenter les salaires.

Un chroniqueur (08’30) apparait pour expliquer doctement que de plus en plus d’économistes voient dans la hausse générale des salaires un moyen efficace pour sortir de la crise. Certes, poursuit-il, les PME sont dans le rouge, prises à la gorge et l’on peut difficilement leur demander un effort en la matière mais les boîtes du CAC 40 hein ! 50 milliards de bénéfices cette année et encore plus l’année prochaine. Z’allez quand même pas me faire croire que celles là ne peuvent pas cracher au bassinet. Qu’elles commencent et les autres suivront. Diantre ! voilà une logique peu commune. En somme, si les riches peuvent payer, il n’y a pas de raison pour que les pauvres ne le puissent pas. Lumineux !

Quant au but de tout ce cirque ? Relancer la consommation bien sûr !

Seul dans mon fauteuil, je hurle : « Keynes, sors de ce cooooooorrrppps !!!!!!!! »

J’ai le souffle court. je transpire à grosses gouttes. J’ai l’estomac noué. Toujours les mêmes remèdes de rebouteux sénile qui conduisent infailliblement aux mêmes catastrophes. Pourtant, j’ai à peine le temps de reprendre mes esprits après ce terrible assaut propagandiste que déjà, je reçois de plein fouet une nouvelle attaque plus terrible encore.

« Le pic de froid doit il faire remettre en cause le réchauffement climatique ? » (18’30)

J’accuse le coup. Comment interpréter cette question ? Les faits doivent-ils influencer la science ? La réalité doit-elle primer sur la foi, la superstition et l’incantation ? Je ne sais guère. Plongé dans cette méditation, j’aperçois à peine deux gladiateurs entrer dans l’arène du plateau télé. D’un côté, l’écolo de service que je reconnais. Il s’agit d’Yves Contassot, le chantre de la décroissance chez les verts. De l’autre, un type qui m’apparait à première vue comme un hurluberlu. Grosses lunettes rondes et barbichette. Avec ses cheveux dressés sur la tête comme s’il était constamment branché sur le 220 et son pull vert fort peu télégénique, il a tout du professeur Tournesol. J’apprends qu’il s’appelle Serge Galam, qu’il est chercheur au CNRS et je vais découvrir que c’est un type bien.

Immédiatement, les règles du jeu sont posées. Les immondes idéologues scellent une alliance impie pour faire la peau du scientifique et aucun des plus bas stratagèmes ne les effraie. De l’attaque ad hominem, à la posture piteusement moralisatrice en passant par une déconsidération systématique de son invité par le journaliste, rien n’est épargné au pauvre sieur Galam qui est mis au supplice et peine à en placer une. Il reste malgré tout d’un calme olympien, assène des arguments de faits et ne se laisse pas intimider par la voix de l’inquisition.

Pour ma part, je reste sans voix. Oui, cette émission a bien existé. Oui elle est diffusée sur une chaîne de service public et oui, il s’agit bel et bien de basse propagande, à mille lieux de ce qu’on peut attendre d’un journaliste un tant soit peu professionnel.

Je vous invite donc à franchir à votre tour le portail ténébreux qui mène vers ce site démoniaque et à vous infliger le visionnage de cette mascarade en vous rappelant à chaque instant que ce type de séquence, qu’on n’aurait pas osé cauchemarder du temps de l’ORTF, cette parodie de débat, ce journalisme de caniveau, coûte chaque année la bagatelle de 10 millions d’euros (selon wikipedia) qui sont intégralement à vos frais.

Jusqu’à ce jour damné, je pensais sincèrement que le fond du bourbier de ce que l’on nomme le service public audiovisuel était le monopole de Daniel Mermet. Je suis désormais forcé d’admettre que même là, il y a de la concurrence.

Publicités
Cet article a été publié dans Politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Mission de sévice public audiovisuel

  1. Chris dit :

    Excellente ironie à la limite de l’ humour ….c’est bien ainsi que j’entends discuter de politique ….vu que, depuis longtemps , je ne crois plus UN SEUL MOT de ce que nous insufflent les médias …

  2. Robert Marchenoir dit :

    L’économie Degauche, de toutes façons, c’est assez simple : plus tu dépenses du pognon, plus t’en gagnes. Et comme c’est plus facile de dépenser que de gagner…

  3. Nicolas B. dit :

    Le ton de votre blog me plaît beaucoup… Je sens que je vais devenir un lecteur assidu!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s