La soupe aux lardons

Il s’agit d’un plat typique de la région de Manosque, à ne pas confondre avec la rate au cours bouillon d’Orléans, et que les élèves de seconde trouvent particulièrement immonde. J’admets les comprendre, quand on sait qu’il s’agit d’une préparation à base de sang et de fœtus avortés.

A l’origine de l’indigestion relayée par les journaux, la diffusion par un prof d’une vidéo anti-IVG, dont la délicatesse et le bon goût sont à l’image du titre de ce billet, à ses élèves lors d’un cours « d’éducation civique, juridique et sociale ». Rien que le nom m’amuse.

Les couinements indignés des parents d’élèves ont réussi à capter l’attention du ministre qui s’emmerdait sévère dans son bureau, enchainant les parties de solitaire. Il faut bien se rendre compte qu’il n’y a aucun échelon hiérarchique dans l’EdNat. Quand un fonctionnaire doit faire l’objet d’une sanction disciplinaire, c’est le ministre qui s’y colle. Et en deux coups de cuillère à pot la décision tombe : suspension à titre conservatoire et déclaration consternante à la radio dans la grande tradition politique française.

« On ne peut pas laisser passer de telles pratiques » sermonne le père Châtel, prêt à faire tater de sa trique à tout contrevenant. Fort bien. Diffuser la vidéo dont il est question c’est très mal mais l’esprit chagrin que je suis n’aime pas beaucoup ceux qui manient l’interdiction comme une Winchester et apprécierait fortement de cerner précisément le périmètre et la motivation de ladite interdiction.

Je m’explique : On pourrait reprocher à l’enseignant d’avoir soumis ses élèves à des images particulièrement choquantes. Or, on applaudit lorsque des classes partent visiter Auschwitz, quand les lycéens visionnent des documentaires dans lesquels on voit des nazis convoyer du cadavre à la pelleteuse et je me souviens, lors de mon passage au lycée, avoir dû me coltiner une désagréable projection sur le thème des MST avec des appareils génitaux salement amochés à longueur de pellicule. Certains l’ont mal vécu mais personne n’a bramé et aucun des fonctionnaires à l’origine de la projection n’a eu à subir le moindre reproche.

L’argument tiré du choc provoqué par le film tient donc difficilement.

On pourrait encore reprocher au professeur de confondre sa salle de classe avec un rassemblement de traditionalistes catholiques. Tout un chacun conviendra aisément, du moins je l’espère, que le rôle de l’enseignant n’est pas de bourrer le mou des gosses en s’inventant une tribune politique et qu’il s’agit là d’une pratique méprisable.

Pour autant, ne soyons pas naïfs. Qui n’a pas été la victime de l’idéologue de service au cours de sa scolarité. Ma petite expérience personnelle m’a fait traverser des épreuves aussi traumatisantes que devoir travailler pour association de marginaux subventionnés, de me coltiner l’exégèse de tous les chanteurs engagés du répertoire gauchiste, d’avaler la vulgate keynésienne, de répéter en chœur que le capitalisme c’est le mal et que le citoyen américain est son prophète.

D’Ellis Island à la ségrégation en passant par l’esclavage façon case de l’Oncle Tom, de Cuba au Sentier Lumineux en passant par l’idéalisation d’Allende et l’exaltation des républicains espagnols, rien ne m’aura été épargné. Ce n’est pas vraiment un scoop que d’affirmer que l’EdNat est un énorme repère de socialistes assumés et ce que l’on entend dans les salles de classe ne relève pas exactement du propos mesuré, objectif et distancié.

On peut donc légitimement se demander pourquoi les uns sévissent depuis des décennies dans l’indifférence générale alors que d’autres font l’objet de mesures de rétorsion. Pour le comprendre, le mieux est encore de s’en remettre à Luc Châtel, le Oui oui de la politique, et à la teneur de son intervention radiophonique.

«les professeurs sont tenus à un principe de neutralité, de respect de la personne. L’enseignant doit toujours veiller à ne jamais heurter la sensibilité et les convictions» des élèves.

Voilà. Démerdez vous avec ça. On nous sort du chapeau un principe de neutralité rédigé sur le papier hygiénique du lycée de manière à permettre le plus confortablement possible aux profs « politiquement corrects » de se torcher avec.

Si l’on résume, affirmer que la capote et l’avortement c’est cool, c’est se montrer neutre. Les critiquer, c’est s’exposer à des sanctions disciplinaires.

Quant à l’histoire de choquer les convictions des élèves, voilà qui me fait franchement rire. Si l’idée est d’arriver à 15 piges avec des convictions que le corps enseignant ne doit surtout pas ébranler, autant rester à glander devant la Playstation.

J’en arrive, enfin, au fond du problème. Car pour ne pas changer, on va encore se payer un bon petit quart d’heure de la haine pendant lequel le quidam va pouvoir hurler son indignation avant que le soufflet ne retombe brutalement. Pourtant, cette histoire pose bien des questions.

L’existence d’une « discipline » dénommée ECJS (Éducation civique, juridique et sociale), dont on peut trouver le programme pour la classe de seconde ici, a permis l’émergence de ce fait divers. En dehors de l’inquiétude que peut susciter la présence d’heures dédiées à l’éducation sociale des gamins à l’école, il est évident que le caractère parfaitement fumeux de l’ensemble des thèmes et notions abordés garantit un enseignement aussi subjectif que partisan.

S’il s’agissait encore de confronter les élèves à des points de vue différents avec pour objectif le développement d’un sens critique aiguisé, on pourrait encore en discuter. Seulement voilà, on voit clairement avec ce dossier, et en dépit du mépris que l’on peut légitimement nourrir pour l’idéologue sanguinolent, il n’est question que de propager la vérité officielle, celle qui est conforme aux canons citoyens, responsables et solidaires.

Vous pensez à de l’endoctrinement ? Ca tombe bien, moi aussi.

De même, on pourrait s’interroger sur la place de l’éducation sexuelle à l’école. Le mouvement est de déléguer de plus en plus de ces questions à l’EdNat. C’est confortable pour les parents si ce n’est qu’il existe un risque de tomber un prof coincé, qui n’y connait rien ou sur un partouzeur échangiste. Sur ce sujet, je conseille vivement la contemplation de l’épisode 507 de South Park (« Du bon usage du préservatif »), 100% garanti sans fœtus.

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2 commentaires pour La soupe aux lardons

  1. Chris dit :

    Je me demandais là quel genre de vidéos  » fortes « ces « serviteurs de la pensée unique d’ Etat  » emploieraient pour convaincre leurs cobayes dans leurs choix électoraux ( comme le précise le programme en lien ) et dans quelle mesure certains parents auraient le droit de couiner très fort aussi ….
    Mais non , voyons , ça ne doit pas etre pour ça que l’ école privée gagne du terrain …

  2. lhddt dit :

    On oublié.. le français oublie facile. On a oublié que notre Chirac du moment avait suggéré – sérieusement – de mettre autour du coup de nos petits CE1, un peu comme une corde, la photo d’un petit auschwitzien. Je te dis pas la psychologie des gamins après ça, les cauchemars et autres questions tordues.

    Alors, pouette pouette.

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