Et à la fin de l’envoi…

La France, on le sait, peut s’enorgueillir d’une histoire millénaire. Cette longue histoire a permis, au fil du temps, l’apparition d’une noblesse dont le dernier avatar est cette aristocratie républicaine que le monde nous envie.

Cette caste dominante se caractérise notamment par son goût pour les arts et les activités les plus nobles, tels que le jeu d’échec lorsqu’il s’agit d’une ambitieuse réforme, la joute, lorsqu’elle est verbale et pratiquée dans un hémicycle ou encore l’escrime, la discipline reine.

Une compétition d’escrime se doit donc de bénéficier des honneurs dus à son rang et d’un écrin à sa mesure comme par exemple, le Grand Palais. Pas question de mégoter lorsqu’il s’agit de faste républicain aussi, pour boucler le budget de la manifestation, l’Etat n’a pas hésité une seconde à payer de sa votre poche 1,5 millions d’euros auxquels viennent s’ajouter 600.000 € gracieusement apportés par les collectivités locales. Place au spectacle gentlemen et que les esprits chagrins se gardent de venir nous parler de crise au moment de profiter de pareil évènement. L’escrime est la discipline des rois et l’actualité nous démontre chaque jour que tout homme politique d’envergure se doit d’en maîtriser les techniques élémentaires.

Commençons par l’esquive.

Le mouvement demande une certaine maîtrise technique, maîtrise dont nos parlementaires nous ont fait une remarquable démonstration sur la question des retraites. Face à une attaque éclair comme celle-ci, l’esquive se décompose en deux temps :

Premiers temps : Les parlementaires annoncent que le temps des privilèges est révolu et qu’en conséquence, leur régime sera dorénavant calqué sur le droit commun.

Second temps : Profitant de l’inattention du public, les parlementaires entament de conserve un délicat pas chassé sur le côté. Observez bien, tout est dans le jeu de jambe. Et hop, l’attaque contre le régime spécial des parlementaires passe largement à côté de la cible.

Vient ensuite la parade.

Cette technique nous vient de l’école de Moscou. Aujourd’hui encore, la grande parade de 1989 est toujours considérée comme une référence du genre dans toutes les salles d’armes à travers le monde.

La parade se distingue de l’esquive par sa plus grande brutalité, son approche plus frontale et nettement moins subtile.

Là encore, l’actualité nous permet de jeter une lumière crue sur plusieurs manœuvres diablement efficaces.

La première d’entre elles est celle dite du « secret défense ». Un juge d’instruction, sabre au clair, menace de découper un tournedos dans les poignées de Lamour d’amour d’un politique soupçonné d’avoir trempé dans de sordides affaires de corruption et/ou de financement occulte. Agressé dans le dos, le magouilleur n’a pas le temps nécessaire pour réaliser une esquive. Il n’a donc d’autre choix que de se retourner brutalement de manière à bloquer la lame adverse en criant « secret défense ! ».

Pour les néophytes, je précise que le secret défense correspond dans le monde politique à ce que les enfants nomment « chat perché ».

L’efficacité est au rendez-vous puisque les dossiers de vol d’ordinateurs de journalistes sont balayés d’un revers de main par le pouvoir. De même, on ne parle plus guère du Karachigate ces derniers temps, dans l’attente d’une hypothétique levée du secret.

Une autre méthode tout aussi efficace s’appuie sur le maniement du juge. Celui-ci fait alors office d’écuyer de son seigneur, l’invitant à se garder à gauche, à se garder à droite et, le cas échéant, prenant les coups à sa place.

L’affaire Woerth est un bon exemple de cette technique. En dépit d’une accumulation d’éléments mettant directement en cause le ministre dans de sérieuses affaires de magouilles, l’obstination du juge, qui se trouve être un ami de la famille, à pourrir le dossier aura permis d’éteindre l’incendie, de dessaisir du dossier la juge qui fouinait un peu trop et  à Eric Woerth de rester en place. Joli coup !

Enfin, après avoir anéanti les assauts de l’adversaire, il est temps de riposter

Mettons nous en situation. Les adversaires se font face. Ce sont deux escrimeurs chevronnés, au style très différent : Jean-François Copé et Martin Hirsch.

La passe d’armes commence ! Martin se rue à l’assaut de son adversaire et se fend dans l’espoir de jeter un soupçon de conflit d’intérêts sur Jeff. Celui-ci pare l’attaque au moyen de la technique du « c’est celui qui le dit qui y est ! » et riposte immédiatement en tentant de sabrer la paye de Martin. Malheureusement pour lui, il constate avec amertume qu’il combattait à fleuret moucheté, la mesure proposée par amendement relevant du pouvoir réglementaire.

Surtout n’allez pas croire que les politiciens n’usent de leur science du combat qu’entre eux. Rachida Dati nous donne un exemple de passe d’armes avec un citoyen lambda. Soyez attentifs, ça va aller très vite.

Le citoyen attaque l’ancienne ministre par surprise au moyen de la feinte dite « du lapsus ». Rachida, esquive l’attaque par une pleurnicherie, affirmant s’être sentie menacée en tant que femme et mère de famille puis déclenche une riposte dévastatrice en enchainant coup sur coup,  une perquisition, une garde à vue, une comparution devant le juge et un placement sous contrôle judiciaire. Le citoyen s’effondre, terrassé par cette magistrale leçon d’escrime.

Ainsi s’achève cette brève introduction à l’art séculaire du combat à l’arme blanche. Je terminerai en citant cette règle fondamentale qui doit guider toute action de l’escrimeur politique : A la fin de l’envoi, je touche palpe.

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Un commentaire pour Et à la fin de l’envoi…

  1. labilbe dit :

    Pour un coup d’essai, vaut un coup de maître.

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