D’un vice à l’autre

Dans les années 70, avant la mort de Franco, le Roussillon était pour les espagnols, un salutaire lieu de débauche. En ce temps là, les catalans d’Espagne étaient bienheureux de rendre visite à leurs cousins de France et de profiter le temps d’une soirée des joies malsaines des jeux de casino ou d’une séance de cinéma pour adultes. Autant de choses qui étaient alors interdites dans le pays de Cervantès.

40 ans plus tard, la liberté a changé de camp et ce sont les français qui passent la frontière, soit pour aller renouveler leurs stock d’alcool ou de tabac en évitant les taxes imposées par tous ceux qui veulent notre bien malgré nous, soit pour s’offrir une partie de jambes en l’air au cours de ce qu’il est désormais convenu d’appeler une relation sexuelle tarifée.

Le manège n’est pas nouveau et les établissements proposant ce genre de services existent depuis de nombreuses années. La charmante commune de La Bisbal d’Empordà s’en est même fait une spécialité, dans l’indifférence générale.

Mais ces derniers jours, l’ouverture du « plus grand bordel d’Europe » à la Jonquera est à l’origine d’un certain émoi, jusque sur le plateau du JT de Claire Chazal. Il est vrai que lorsque le Roussillon fait l’actualité au niveau national c’est toujours pour apparaitre sous son meilleur jour. On a ainsi vu se succéder les règlements de compte façon OK Corral entre gitans et maghrébins, la fraude électorale à la chaussette avant de terminer par le suicide d’un maire corrompu jusqu’à la moelle.

Désormais, on rajoutera aux attraits touristiques de la région, celui de capitale européenne du stupre et de la dépravation.

D’aucuns voient dans l’ouverture de cet établissement, la sacralisation de l’esclavage, le massacre en règle des droits de la femme. Pour ma part, j’adopte une position (si j’ose m’exprimer ainsi) quelque peu différente de celle des souteneurs soutiens d’une interdiction généralisée d’acheter un rapport sexuel.

Il ne vient visiblement à l’esprit de personne que si l’immense majorité des clients de l’établissement sont français, allemands, hollandais ou ressortissants d’un pays à la législation particulièrement dure répressive en matière de prostitution, c’est que l’interdiction a un effet fortement incitatif sur les consommateurs. Pourquoi donc les locaux ne sont ils pas majoritaires alors que le lupanar en question est à deux pas de chez eux ?

Il ne vient visiblement à l’esprit de personne que le proxénétisme est la conséquence directe et inéluctable de la prohibition de la prostitution. Dans un cadre légal, il s’agirait d’une profession de service comme toute autre, n’ayant pas davantage besoin de protection qu’un salon de massage, de coiffure ou d’esthétique. En Espagne, la pratique est tolérée et des commerces apparaissent avec champagne et paillettes. En France, la pratique est interdite et les filles servent de bornes kilométriques sur les nationales ou de lampadaires dans les quartiers glauques autour des gares.

Il ne vient à l’esprit de personne qu’il puisse être souhaitable pour une femme de vendre des services de nature sexuelle, en générant au passage un revenu supérieur à 100 € de l’heure.

Pour la prostitution, comme pour la drogue ou l’alcool, la prohibition ne fait jamais disparaitre la pratique et favorise l’émergence de la criminalité organisée et de toutes sortes de mafias et de trafics.

N’en déplaise aux pourfendeurs d’esclavagistes, tous les individus (oui tous, femmes comprises), sont les propriétaires exclusifs de leur corps. Libres à eux d’en faire ce que bon leur semble. Aucune législation n’est légitime à venir limiter ce droit. En définitive, c’est en voulant protéger les prostituées que la loi en a fait des citoyens de seconde zone, condamnées à la marginalité et livrées en pâture aux criminels. Une fois encore, l’Etat enfourche son beau cheval blanc et se plante comme une  buse dans le premier fossé venu.

Comme le dit si justement Lysander Spooner, les vices ne sont pas des crimes. Criminaliser le dommage que l’on se cause à soi même n’a aucun sens. Ce qui apparait clairement dans une telle affaire, c’est que certains recherchent la liberté de vendre et d’autres la liberté d’acheter. Difficile de voir quelque chose de mal à cela.

 

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Un commentaire pour D’un vice à l’autre

  1. dxdiag dit :

    Je témoigne: depuis que je suis dans le sud putaing cong, j’ai découvert ces nouvelles « bornes kilométriques »… un bel hommage à la diversité reconnaissons le car rien qu ‘entre Perpignan et Béziers on peut vraiment faire le tour du monde sans quitter la nationale.
    Elles sont souvent seules,parfois sans véhicule, lâchées par les macs en pleine nature et les risques qu’elles encourent me remplissent d ‘effroi, J ‘en arrive à être soulagée pour elles quand elles vont par deux.

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