Génération Kronos

Quitte à décevoir son lectorat, autant ne pas prendre de gants pour le faire. Je vous annonce donc tout de suite que ce billet n’aura strictement aucun rapport avec les produits à base d’orge du premier brasseur de France.

Mon intention est d’ici de vous parler de Kronos, le dieu grec père de Zeus et de son histoire.

Revenons donc à l’aube des temps, alors que Kronos trouve que son père Ouranos est un bel enfoiré. Le patriarche a, en effet, viré 3 de ses demi-frères de la maison familiale pour les envoyer en centre d’éducation fermé au motif qu’ils commençaient à se la jouer un peu trop.

En l’absence, à cette époque, de Pascal le grand frère, Kronos se rebelle donc contre son père et, au moyen d’une faucille, lui coupe les valseuses. Celui ci, les mains sur l’entrejambe et la mâchoire serrée par la douleur lui dit : « Espèce de petit enfoiré. Fais bien gaffe à tes miches le jour où tu auras des enfants, tu pourrais fort bien te retrouver du mauvais côté de la lame ».

Kronos, heureux d’avoir détrôné son père s’empresse de prendre sa place et, voulant certainement enfoncer un peu plus l’ordre établi, décide d’épouser sa sœur. Il règne en tyran. Le couple divin a bientôt des enfants. Se souvenant de l’avertissement de son eunuque de père et pour protéger son trône, Kronos dévore ses marmots dès leur arrivée dans le monde (il n’y avait pas encore de congélateur dans la Grèce antique).

Mais grâce à un subterfuge de sa femme et sœur Rhea, le dernier né échappe au lugubre festin avant d’être confié à une famille d’accueil composée de nymphes. Son nom est Zeus et il va accomplir la prophétie de son grand-père. Grâce à l’évolution des lois de bioéthique, Zeus apprend la vérité à propos de son père, ce qui lui fout grave les glandes.
Par l’entremise du collectif métissé de Métis, il s’arrange pour faire avaler à son paternel un café bien salé, ce qui a pour effet immédiat de lui faire dégueuler toute la fratrie dans un titanesque bruit d’évier. La jeune génération forme alors immédiatement une alliance visant à destituer le tyran, le vainc, le juge et se partage ensuite le monde.

Si vous ne voyez toujours pas pourquoi je vous raconte cette histoire, rassurez-vous, vous allez vite comprendre.

Transposons à présent la trame de cette histoire mythologique dans le cadre bien moins lointain et éthéré de la France de la fin des années 60.

    Acte I : Kronos se rebelle contre son père

Mai 68. La génération Kronos (aujourd’hui pudiquement désignée sous le terme « babyboomers ») se rebelle contre ses parents, l’ordre établi, la morale et toutes ces conneries de bourgeois. Dans le rôle d’Ouranos, l’incarnation du père autoritaire : Le général de Gaulle.
C’est la chienlit. La jeunesse lorgne le trône du chef et se voit bien faire la loi à sa sauce.
En 1969, de Gaulle quitte le pouvoir et s’en va mourir dans un coin reculé de Champagne. Le père est défait.

    Acte II : Kronos sectionne les roupettes du père

1974, Giscard d’Estaing devient président. Force est de reconnaitre qu’en matière de roubignolles, on n’est plus vraiment dans la même gamme.
Peu à peu, la génération Kronos prend le pouvoir aux dépens de ses prédécesseurs et impose ses codes. Egalité par l’autorité, antiracisme forcené, antifascisme fantasmé, novlangue, etc. Le conformisme s’étend, le non renouvellement d’une grande gueule sur deux devient la règle.
Bien vite, les représentants de la vieille garde rendent les armes et se retrouvent à présenter des excuses publiques à ceux qui auraient mérité une bonne raclée pour les faire redescendre sur terre et leur remettre les idées en place. Il est devenu interdit d’interdire, sauf pour les séides de l’orthodoxie Kronienne.
Les plus vieux, ceux qui ont fait la guerre, ont connu les privations, les efforts de la reconstruction et qui ont, pour nombre d’entre eux, mené leur famille à la baguette avec toute l’autorité du père se retrouvent totalement désarmés dans un monde qui les dépasse et qu’ils ne comprennent plus (respirez maintenant).

Les burnes sont à terre, qu’on les jette à la mer.

    Acte III : Kronos sur son trône, dévore ses enfants

1981. C’est la victoire totale de la génération Kronos. Le pouvoir lui appartient enfin et elle est bien décidée à ne pas le lâcher.
Pour tenter d’étancher son insatiable soif de « justice sociale », le nouveau monarque commence à spolier ses enfants. C’est la spirale infernale de la dette que provoquent les caprices des 35 heures, de la retraite à 60 ans et de la croissance cancéreuse d’un État toujours plus tentaculaire et dispendieux.

Avec une charge de 1 600 000 000 000 €, sans compter les intérêts et les délires futurs, à transmettre à ses héritiers, la génération Kronos a littéralement mangé ses enfants. En l’espace d’une seule génération, on est parvenu à jeter allègrement un pont entre la Grèce antique et la Grèce moderne, pour notre plus grand malheur.

    Acte IV : Kronos vaincu par ses enfants

Ce dernier acte reste encore à jouer. Les évènements seront ils toujours conformes à la légende, je n’en sais rien. Pour autant, la perspective d’une crise générationnelle importante me parait parfaitement crédible compte tenu de ce qui précède et nonobstant l’enrôlement des lycéens par la génération Kronos auquel on a pu assister ces derniers temps.

Le jugement porté par ses enfants sur cette génération sera-t-il le jugement de l’histoire ou celui de la rue ? Y aura-t-il seulement jugement ? L’avenir seul nous le dira mais je souhaite vivement la prise de conscience des jeunes. La spoliation organisée à leurs dépends depuis 30 ans est un scandale de grande ampleur dont ils sont encore loin d’avoir pris toute la mesure.

    Epilogue

On le sait, les romains se sont beaucoup inspirés de la mythologie grecque qu’ils ont romanisée. Pour les romains, Kronos s’appelle Saturne. Et l’on disait qu’une fois détrôné, Saturne s’en alla fonder plus loin un petit paradis socialiste. En mémoire de cette époque héroïque, des fêtes étaient données chaque année sous le nom de saturnales. Elles sont décrites comme suit :

Cette fête de la liberté inversait l’ordre des choses et pendant un temps, l’autorité des maîtres sur les esclaves était suspendue et ceux-ci avaient le droit de parler et d’agir sans contrainte, libres de critiquer les défauts de leur maître, de jouer contre eux, de se faire servir par eux. Les tribunaux et les écoles étaient en vacances, les exécutions interdites, on s’envoyait des présents, on donnait de somptueux repas. Les romains cessaient leurs travaux : la population se portait en masse vers le mont Aventin. On suspendait des figurines au seuil des maisons et aux chapelles des carrefours.

Inversion des valeurs, services publics en grève, irresponsabilité pénale, merguez party, population festive se déplaçant en cortèges, les saturnales 2010 tiennent, en ce qui les concerne, toutes leurs promesses.

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5 commentaires pour Génération Kronos

  1. Chris dit :

    Là , lu plusieurs articles ….quelle chronique de l’ Histoire , jour après jour …à mettre en bouquin …pas mal humoristique ..pour une éventuelle postérité qui sache lire …

  2. NOURATIN dit :

    Bravo, très chouette. Arrivé jusqu’ici grâce à Chris, je ne manquerai pas d’y revenir.

    • Kris dit :

      On dirait bien que j’ai trouvé une attachée de presse qui fait un travail remarquable. Qu’elle en soit ici remerciée.

      Merci de ta visite et à bientôt.

  3. dxdiag dit :

    « C’est là que finissent ceux qui stigmatisent, qui provoquent, qui discriminent et qui amalgament »…alors je ne peux que « finir » ici ( en attendant l ‘abattoir).
    bravo pour ces textes.

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